16.04.2008
L'orthographe en CM1
Aujourd'hui, une élève de CM1 est venue à la maison. Comme tous ses petits camarades, c'est une quiche en orthographe. Et encore... le mot est faible.
« Les voitur demar »
« Une dam bavard »
« Un defie pérdue »
« Des bauls jaunes »
Et puis évidemment, elle fait cette erreur de substitution dont je vous ai parlée la dernière fois (application du pluriel nominal au pluriel verbal).
Je peux enfin vérifier ce qu'on a vu en cours, c'est cool. Par exemple, dans la partie « acquérir les marques morphologiques du nombre », nous avons écrit que selon Totereau et al. :
- Dans un premier temps, les élèves se basent sur les marques du pluriel phonologiquement audibles. Ainsi, ils ne marquent pas les aspects du langage écrit qui n'ont pas de correspondant à l'oral. Ni le pluriel nominal, ni le pluriel verbal ne sont marqués : on relève des erreurs du type « les nuage » ou « le chien et le chat mange ». Fayol nous offre une évolution de ces erreurs (noms, adjectifs et verbes confondus) : elles sont initialement très fréquentes et atteignent 82% en CE2. Elles diminuent ensuite très rapidement au cours de la scolarité : 46% en CM1, 7% en CM2.
- Dans un second temps, le -S est utilisé pour marquer le pluriel nominal mais va être surgénéralisé aux verbes de façon erronée. Cela conduit alors à la transcription suivante : « les nuages » et le « le chien et le chat manges ».
- Ensuite, la marque du pluriel verbal est apprise et le -NT est alors ajouté. Mais au lieu d'ajouter -NT uniquement pour les verbes, la marque du pluriel verbal est utilisée pour les noms. Cet effet est d'autant plus observé pour les noms ayant un homophone verbal (par ex. meuble).
- Enfin, chaque pluriel est associé à sa catégorie grammaticale : le -S pour les noms et le -NT pour les verbes.
Tant que les élèves ne font pas la différence entre un nom, un verbe, un adjectif, l'acquisition de l'orthographe se révèle délicate.
Ce que j'ignore, c'est la classe dans laquelle on commence à étudier les différentes natures de mots. Je me souviens parfaitement de la leçon « Nature et Fonction » en cinquième mais c'est parce que j'étais amoureux de la prof. Peut-être que je l'avais déjà vue avant. La leçon.
« Les voitur demar »
« Une dam bavard »
« Un defie pérdue »
« Des bauls jaunes »
Et puis évidemment, elle fait cette erreur de substitution dont je vous ai parlée la dernière fois (application du pluriel nominal au pluriel verbal).
Je peux enfin vérifier ce qu'on a vu en cours, c'est cool. Par exemple, dans la partie « acquérir les marques morphologiques du nombre », nous avons écrit que selon Totereau et al. :
- Dans un premier temps, les élèves se basent sur les marques du pluriel phonologiquement audibles. Ainsi, ils ne marquent pas les aspects du langage écrit qui n'ont pas de correspondant à l'oral. Ni le pluriel nominal, ni le pluriel verbal ne sont marqués : on relève des erreurs du type « les nuage » ou « le chien et le chat mange ». Fayol nous offre une évolution de ces erreurs (noms, adjectifs et verbes confondus) : elles sont initialement très fréquentes et atteignent 82% en CE2. Elles diminuent ensuite très rapidement au cours de la scolarité : 46% en CM1, 7% en CM2.
- Dans un second temps, le -S est utilisé pour marquer le pluriel nominal mais va être surgénéralisé aux verbes de façon erronée. Cela conduit alors à la transcription suivante : « les nuages » et le « le chien et le chat manges ».
- Ensuite, la marque du pluriel verbal est apprise et le -NT est alors ajouté. Mais au lieu d'ajouter -NT uniquement pour les verbes, la marque du pluriel verbal est utilisée pour les noms. Cet effet est d'autant plus observé pour les noms ayant un homophone verbal (par ex. meuble).
- Enfin, chaque pluriel est associé à sa catégorie grammaticale : le -S pour les noms et le -NT pour les verbes.
Tant que les élèves ne font pas la différence entre un nom, un verbe, un adjectif, l'acquisition de l'orthographe se révèle délicate.
Ce que j'ignore, c'est la classe dans laquelle on commence à étudier les différentes natures de mots. Je me souviens parfaitement de la leçon « Nature et Fonction » en cinquième mais c'est parce que j'étais amoureux de la prof. Peut-être que je l'avais déjà vue avant. La leçon.
18:38 Publié dans Langue | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
14.04.2008
L'erreur de surgénéralisation
Sur le blog de la p'tite Gogole, on pouvait lire dans un commentaire : « (...) quand on pense aux millions de personnes qui ne sembles supporter leur vie (...) ». Nous avons ici affaire à une erreur de surgénéralisation.
The Beach Boys, Kokomo.
J'explicationne car grâce à mon supercoquentieux* professeur de grammaire, orthographe, vocabulaire, conjugaison, tests psychotechniques, étude des processus d'acquisition de l'orthographe chez l'enfant et l'adulte, je suis presque en mesure de le faire.
Chez l'enfant, les erreurs de surgénéralisation surviennent à la deuxième étape de l'apprentissage explicite : l'étape de transition.
Au cours de cette étape, les connaissances déclaratives :
- se compilent (par ex. les productions identification du sujet, vérification de la pluralité et apposition de la flexion correcte au verbe sont regroupées en une seule),
- sont toujours stockées en mémoire à long terme mais n'ont plus besoin d'être activées en mémoire de travail pour réaliser la tâche.
Je disais donc que c'est à ce moment-là que les erreurs de surgénéralisation se manifestent. L'enfant va appliquer la règle d'accord du pluriel des noms aux verbes. Cela correspondrait à l'automatisation progressive de la règle. Cette règle ferait partie d'un système où les autres règles ne seraient pas encore maîtrisées (d'où l'extension des règles connues) et où la connaissance des catégories syntaxiques est partielle (d'où l'application d'une règle à un mot de nature erronée).
Des chercheurs ont mis en évidence que la surgénéralisation du pluriel nominal au pluriel verbal est systématique chez l'enfant. Elle résulterait d'une spécification incorrecte des conditions d'application de la règle. Les élèves appliqueraient une règle telle que : « si l'item est au pluriel, alors ajouter "-s" » au lieu de « si l'item est un nom au pluriel, alors ajouter "-s" ».
Chez l'adulte, on retrouve ces erreurs lorsqu'il est en situation de double tâche. Dans l'exemple qui nous intéresse : « (...) quand on pense aux millions de personnes qui ne sembles supporter leur vie (...) », on peut penser que c'est l'anticipation du choix de la flexion verbale à « supporter » qui a perturbé l'écrivant.
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* Supercoquentieux, adj. : superbe, magnifique (litt., connotation iron. ou burl.)
20:14 Publié dans Langue | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note




