05 novembre 2009
Minä olen kaksikymmentä vuotta*
Je ne vais pas vous parler du Dr House puisque je l'ai déjà fait dans mon commentaire sous l'article précédent. En revanche, je peux peut-être vous parler de mes relations avec les caissières du Monoprix.
Je vais au Monoprix quasiment tous les jours et toujours au dernier moment... d'ailleurs le vigile me connaît maintenant et attend que j'aie fini mes courses pour baisser le rideau de la sortie secondaire.
J'opte tout le temps pour la même caisse mais la caissière n'est jamais la même.
Il y a eu une étudiante... j'avais envie de parler alors j'ai fait semblant de l'avoir déjà vue quelque part : « Vous n'êtes pas en linguistick à la Sorbonne ? » et puis, il faut croire qu'elle avait sans doute aussi envie de parler, puisqu'elle m'a raconté sa vie. C'est incroyable le nombre d'informations qu'on peut transmettre en un nombre relativement réduit de phrases. Ses parents sont séparés, elle a un petit frère, une grande sœur, elle a fait une terminale L, elle travaille au Monoprix 15 heures par semaine pour pouvoir se payer les vêtements qu'elle veut, sortir, etc. Je sais pourquoi elle a choisi telle licence, comment est organisé son emploi du temps, etc.
Il y a une caissière que j'ai vu deux fois deux jours différents mais à chaque fois dans une situation conflictuelle. Une cliente insistait pour que son paquet de gâteaux soit encaissé (alors qu'à l'étage, les produits alimentaires ne sont pas autorisés), ça a bien duré un quart d'heure. Il a fallu appeler la responsable qui a dit à la caissière que ça ne servait à rien de la déranger pour ça puisque de toute façon, il n'est pas possible de faire autrement. Elle avait les larmes aux yeux. Et une autre fois elle se faisait engueuler parce qu'elle prenait trop de temps pour plier les vêtements et les mettre dans les sacs.
La première fois, je lui ai demandé si ça arrivait souvent que des clients insistent pour que soient encaissés des articles qui n'ont pas lieu de l'être à cet endroit. Elle a compris le message implicite de ma phrase (i.e « Vas-y, tu peux vider ton sac ma cocotte, je suis de ton côté ») et elle ne s'est pas censurée. La deuxième fois, elle m'a reconnu (ça m'a fait plaisir) et je lui ai demandé si ça se passait bien, s'il n'y avait pas eu d'autres incidents. De nouveau, j'ai bien senti que l'intérêt que je lui manifestai(s?) lui a fait du bien. Elle m'a l'air tellement mal. J'étais à deux doigts de lui proposer de venir passer des vacances à la campagne. Quand je suis lancé, je ne sais plus m'arrêter !
Plus récemment une femme qui avait des attèles aux poignets. Elle m'a demandé si je pouvais l'aider à mettre les articles dans les sacs. Je ne comprends même pas qu'on ne laisse pas les clients faire ça eux-mêmes. Bien sûr, je l'ai fait. Et je lui ai demandé ce qu'elle avait. J'ai encore reçu plein d'informations : polyarthrite aiguë, a vu plusieurs spécialistes, la direction du Monop' se croit au-dessus des lois, est obligée de travailler le samedi malgré les recommandations écrites des médecins, habite dans le 92.
Et enfin, une exception : une conne ! Je lui dis « bonsoir » elle me répond « quoi ? ». Je répète « bonsoir », elle répond un tout petit riquiqui « bonsoir » forcé. Je tends ma carte Monop' pendant plusieurs secondes... elle la regarde mais ne la prend pas... Je lui demande donc : « Vous n'en voulez pas ? », elle me l'arrache des mains, la scanne et la jette. Le sac, même pas elle te le tendrait ; le ticket de caisse même pas elle le poserait dans ta main tendue ! Je n'ai même pas pris la peine de dire au revoir, j'étais un peu agacé et la prochaine fois je ne me gênerai pas pour lui faire remarquer qu'elle pourrait être plus agréable.
J'hésite aussi à aller me plaindre parce que de nombreuses étiquettes de produits sont coupées de telle sorte qu'on ne peut pas voir le prix au kilo qui est l'information la plus pratique pour comparer plusieurs produits entre eux. Ça ne m'étonnerait pas que ce soit fait exprès. Et si on m'envoie bouler, je pense que la DGCCRF qui se montre toujours très réactive sera ravie d'être informée.
Dernièrement, j'étais un peu choqué par la façon dont le chef (chef de j'sais pas de quoi mais en tout cas un supérieur à en croire ses vêtements et sa façon de parler et on en vient à la langue qui façonne le contexte et au contexte qui façonne la langue, Malino--wski) s'est adressé à un de ses employés (qui, au vu de sa tête, ne comprenait peut-être que trois mots sur dix) qui n'a pas mis les Kinder Bueno au bon endroit dans le rayon. Il aurait pu lui dire que c'était une merde qu'il l'aurait fait.
Je me retrouve toujours à « communiquer » avec une Grand-Mère dans le rayon fromage, c'est dingue. Par exemple, une dame prend un crottin de chèvre, le regarde puis le repose. Je me suis dit que c'était une bonne occasion pour initier une conversation : « Euhm (fonction phatique du langage) vous pensez qu'ils ne sont pas bons ? »
Elle sourit. « Si, ils m'ont l'air pas mal. Je regardais la date car, vous savez, à mon âge, je mange très peu et tout se perd très vite. »
On y croise souvent des amoureux type bobos qui sont vraiment magnifiques, des gravures de mode, ce qui m'oblige à passer cinquante mille fois dans le même rayon pour profiter le plus longuement possible de cette belle vision. J'aurais vraiment aimé être beau (vraiment beau, pas à moitié !).
Et on y croise aussi des couples de gays très stéréotypés. Sur les deux, il y en a toujours un qui chipote pour choisir un article (quand je dis chipote, c'est qu'il lit la liste des ingrédients, qu'il regarde la date, vérifie le pourcentage de matières grasses, etc.) et l'autre qui n'en a rien à faire mais qui fait semblant d'écouter pour ne pas se faire engueuler. Et en plus, c'est toujours celui-là qui est responsable du chariot/du panier.
Lundi, je suis allé chez le coiffeur. Je vais chez Biguine dans le quartier où j'étais avant parce que j'avais bien aimé le résultat. C'était un homme à l'époque. J'y suis retourné une deuxième fois, j'ai demandé à ce que ce soit lui mais je ne sais pas, il devait pas être en forme, ça me plaisait pas. Mais ça n'empêche pas qu'il a un sacré coup de ciseaux. Et puis lundi, je pensais de nouveau demander à ce que ce soit lui mais finalement, c'est une fille qui s'est occupé de moi et comme elle était jolie et gentille j'ai pris sur moi. J'ai essayé d'établir une communication (c'est à cause de mes « profs d'oral », ils nous disent qu'il faut qu'on parle et qu'on écoute à chaque fois que l'occasion se présente, c'est-à-dire tout le temps) : je lisais Gala, je crois. Ou Paris Match et sur la couverture, il y avait Rachida Dati et son bébé. La coiffure de Rachida Dati était bizarre, moche à mon goût alors j'ai dit : « Euhm (faudrait que je trouve aut' chose) c'est affreux comme coiffure ça (je pointe du doigt Rachida Dati), non ? ». Comme elle était très concentrée et que mon introducteur était un peu trop court, j'ai été obligé de répéter. (Et quand on répète, la fonction phatique du langage disparaît quasiment systématiquement puisqu'a priori on est sûr que la communication est convenablement établie). Ça l'a amusée. Elle a dit : « Oui. (Regardant la couverture) C'est bizarre derrière. » Ça s'est arrêté là. Pourquoi ? Je pense que 1. comme elle débute, elle avait besoin d'être concentrée ; 2. nos âges étaient sans doute trop proches, ça peut créer un petit malaise.
Je lui ai donné un euro de « pourboire ». Je me suis demandé a posteri si c'est vraiment poli de donner seulement un euro. Vaut peut-être mieux ne rien donner, en fait. Qu'en dites-vous ?
Là, je vais tenter de fermer les yeux car demain matin, je dois impérativement me lever pour faire chauffer la CB à moins que les chaussures que j'ai repérées sur Internet ne soient pas disponibles dans le magasin.
Et après-demain, il faudra que je me mette dans le crâne que je ne suis pas riche et qu'il faut que j'arrête d'aller dans des boutiques où « c'est cool, le vendeur il est super dévoué ». Oh oui, parce que je vous ai pas dit, il y a une boutique typique bourges de droite (un préjugé à détruire !) que je trouve très bien. La première fois que je suis entré, je cherchais de quoi m'habiller pour la rentrée, au lieu de regarder un peu les prix (même si je me doutais que c'était pas donné et de toute façon c'est jamais affiché très explicitement...), j'ai limite fait une psychanalyse avec le « vendeur » (« aaah je me sens moche je sais pas m'habiller aidez-moi ») et comme il a été professionnel gentil (« vous êtes mince », « vous... » bon etc.), je me suis laissé faire. Il m'a habillé, j'étais ravi, j'ai tout pris. Ma CB n'a pas biper alors depuis ce jour-là, je me crois riche. Par contre, je ne veux pas relever le col de mon polo comme « eux » le font. C'est sûr qu'il y a un motif sympathique qui apparaît si on le relève mais bon... La dernière fois, en revanche, j'ai pris un truc moins cher (70 euros seulement...) mais c'est très sympa. En plus maintenant, je fais partie du groupe Facebook et je suis même invité à la super soirée de décembre (à laquelle je n'irai bien entendu pas car ça ne me dit rien du tout et que j'aurais l'air tache de toute façon car je ne sais même pas crâner) et je suis « ami » avec le vendeur que je pourrai sans doute appeler par son prénom maintenant (je suis sûr qu'il va me dire ça demain).
Oh et mince je voulais aussi vous parler de la petite Anglaise chez qui je suis allé parce que j'avais aperçu des marinières mais elle n'en avait plus à ma taille, elle a été très gentille, elle m'en a commandé une donc, par politesse, il faudrait quand même que j'aille l'acheter dans les jours à venir. Mais ça fait cher le bout de toile ! 54 euros, je crois.
Je pense que je vais postuler au Monop' !
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* J'ai vingt ans.
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